13.3.20

Le Loup des steppes

Comment ne pas devenir un loup des steppes et un ermite sans manières dans un monde dont je ne partage aucune des aspirations, dont je ne comprends aucun des enthousiasmes ? Je ne puis tenir longtemps dans un théatre ou dans un cinéma ; je lis à peine le journal et rarement un livre contemporain ; je suis incapable de comprendre quels plaisirs et quelles joies les hommes recherchent dans les trains et les hôtels bondés, dans les cafés combles où résonne une musique oppressante et tapageuse, dans les bars et les music-halls des villes déployant un luxe élégant, dans les expositions universelles, dans les grandes avenues, dans les conférences destinées aux assoiffés de culture, dans les grands stades. Non, je ne suis pas capable de comprendre et de partager toutes ces joies qui sont à ma portée et auxquelles des milliers de gens s'efforcent d'accéder en se bousculant les uns les autres. Ce que j'éprouve dans mes rares instants de bonheur, ce qui constitue pour moi un ravissement, une expérience extraordinaire, une extase et une élévation de l'âme est connu, recherché et apprécié par la majorité tout au plus dans la littérature ; dans la vie, on traite cela de folie. Et de fait, si la majorité a raison, si cette musique dans les cafés, ces divertissements de masse, ces êtres américanisés aux désirs tellement vite assouvis représentent le bien, alors, je suis dans l'erreur, je suis fou, je suis vraiment un loup des steppes, comme je me suis souvent surnommé moi-même ; un animal égaré dans un monde qui lui est étranger et incompréhensible ; un animal qui ne trouve plus ni foyer, ni oxygène, ni nourriture…

Hermann Hesse, Le Loup des steppes

Vers les hauteurs

11.11.18

Ô toi qui t’attristes

Ô toi qui t’attristes et non sans raison, toi qui répands des larmes en secret, ce qui fût s’est enfui, ce que voilà le suit, les choses sont ainsi, à quoi sert de t’en affliger ? Espères-tu plier à tes désirs le cours inexorable du monde d’ici-bas ? Va, tu peux bien gémir jusqu'à la fin des temps, tes pleurs te rendront-ils ce qui s’en est allé ? Le destin te réserve encore bien d’autres peines, si tu souffres ainsi à chacun de ses coups. Tu te plains qu’il choisit de porter l’infortune partout où s’attache ton coeur : c’est qu’un rang éminent, la grandeur, la valeur attirent la main du destin.

Roudaki

6.11.18

18.10.18

Old Soul

17.10.18

14.4.18

Une lueur bleue

Une lueur bleue coula sur la campagne nocturne et des aigrettes d'argent tremblèrent sur les branches humides.
Isabelle Eberhardt, La Rivale, 1904